SM le Roi Mohammed VI a appelé à l’abstention d’accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd Al-Adha. Une décision difficile, mais salutaire, visant à reconstituer le cheptel et stabiliser les prix des viandes rouges, en proie à une hausse sans précédent ces dernières années.
Dans la foulée de cette annonce, les réseaux sociaux se sont rapidement enflammés, les messages de soulagement et de satisfaction se propageant comme une trainée de poudre. De nombreux internautes ont vivement dénoncé les spéculateurs, pointant du doigt leur rôle dans la manipulation du marché du bétail à l’approche de l’Aïd, ce qui alimente la flambée des prix et aggrave la pression financière sur les ménages les plus modestes. C’est dire que cette décision, la première depuis 1996, a suscité un vif soulagement parmi les ménages qui peinent à joindre les deux bouts pour remplir leur panier, en raison de la hausse des prix des produits de première nécessité, y compris la viande rouge elle-même, malgré les subventions à l’importation mises en place par le gouvernement pour stabiliser les prix.
En effet, les prix indicatifs des viandes ovines ont connu une hausse d’environ 3 DH cette semaine aux abattoirs de Casablanca, avec un prix variant entre 117 et 125 DH/ kg. Ceux des viandes bovines ont grimpé de 1 DH, se négociant dans une fourchette de 75 à 90 DH/kg. « Nous n’avons pas accompli le sacrifice l’année dernière et nous n’avons pas l’intention de l’accomplir cette année », nous souffle, Aziz, chef de famille quinquagénaire, précisant que l’appel Royal est « un véritable soulagement pour nous, car l’annulation du sacrifice de l’Aïd ne cesse de tarauder nos esprits ces dernières années ».
Saluant appel Royal qui intervient au bon moment, Omar Bakou, économiste, a souligné que la célébration de l’Aïd Al-Adha, dans un contexte de pénurie de moutons, pourrait faire pression sur l’effectif du cheptel qui s’élève aujourd’hui à 1,5 million de têtes seulement contre une demande de plus de 6 millions de têtes à l’occasion de l’Aïd. Ceci pourrait également entraîner une flambée des prix de la viande. De plus, l’abattage des femelles reproductrices, bien qu’interdit, aggrave la diminution du cheptel, souligne notre interlocuteur. Cela dit, ajoute l’économiste, l’abstention des Marocains d’accomplir le sacrifice pourrait être à l’origine d’un changement majeur sur le marché, mettant fin aux activités spéculatives de certains acteurs. « Ceux qui ont investi dans l’Aïd pour réaliser des profits au détriment du pouvoir d’achat des ménages devront écouler la viande et les têtes dont ils disposent sur le marché, car la demande pour les moutons destinés au sacrifice ne sera pas identique cette année », insiste-t-il, soulignant que cette mesure exceptionnelle permettra de rétablir des conditions normales sur le marché, avec une offre atomisée, ce qui aura un impact positif sur les prix.
Parallèlement à cela, l’économiste souligne l’importance de mettre en place des mesures d’accompagnement pour les éleveurs ayant préparé leurs cheptels pour l’Aïd, afin de leur permettre de compenser les pertes prévues à la suite d’un éventuel changement dans les habitudes de consommation des Marocains.
Malgré ces circonstances particulières, le Souverain a pourtant invité le peuple marocain à célébrer l’Aïd Al Adha, « selon ses rituels habituels et significations spirituelles nobles de la prière de l’Aïd dans les msallah et les mosquées, aux dons de l’aumône, aux rencontres avec les siens, ainsi que les différentes oeuvres pies de dévotion en rendant grâce à Dieu pour Son immense générosité et en implorant récompense et rétribution ».
Quel est l’impact de cette décision sur les ménages ?
Qu’en est-il des éleveurs ?