Annulation de Aïd Al-Adha : Tenants et aboutissants d’une bonne décision !

SM le Roi Mohammed VI a appelé à l’abstention d’accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd Al-Adha. Une décision difficile, mais salutaire, visant à reconstituer le cheptel et stabiliser les prix des viandes rouges, en proie à une hausse sans précédent ces dernières années.

Depuis plusieurs semaines, des bruits de couloir laissaient entendre la possibilité d’une annulation de l’Aïd Al-Adha. Mercredi soir, l’information a été confirmée dans un message Royal, lu par le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, lors du JT d’Al Aoula. À moins de quatre mois de la fête, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en Sa qualité d’Amir Al-Mouminine, a appelé les Marocains à ne pas sacrifier le mouton de l’Aïd, en raison de la diminution de l’effectif cheptel, principalement du fait de la sécheresse excessive qui sévit dans toutes les régions du Royaume, sans oublier les chocs économiques qui s’enchainent depuis la crise Covid-19. Conscient de l’importance de cette fête sur les plans religieux, familial et social, le Souverain a enjoint au peuple de s’abstenir d’accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd cette année, étant donné que son accomplissement dans ces conditions difficiles pourrait porter préjudice à une grande partie de la population, en particulier à ceux à revenu limité. 

Dans la foulée de cette annonce, les réseaux sociaux se sont rapidement enflammés, les messages de soulagement et de satisfaction se propageant comme une trainée de poudre. De nombreux internautes ont vivement dénoncé les spéculateurs, pointant du doigt leur rôle dans la manipulation du marché du bétail à l’approche de l’Aïd, ce qui alimente la flambée des prix et aggrave la pression financière sur les ménages les plus modestes. C’est dire que cette décision, la première depuis 1996, a suscité un vif soulagement parmi les ménages qui peinent à joindre les deux bouts pour remplir leur panier, en raison de la hausse des prix des produits de première nécessité, y compris la viande rouge elle-même, malgré les subventions à l’importation mises en place par le gouvernement pour stabiliser les prix. 

En effet, les prix indicatifs des viandes ovines ont connu une hausse d’environ 3 DH cette semaine aux abattoirs de Casablanca, avec un prix variant entre 117 et 125 DH/ kg. Ceux des viandes bovines ont grimpé de 1 DH, se négociant dans une fourchette de 75 à 90 DH/kg. « Nous n’avons pas accompli le sacrifice l’année dernière et nous n’avons pas l’intention de l’accomplir cette année », nous souffle, Aziz, chef de famille quinquagénaire, précisant que l’appel Royal est « un véritable soulagement pour nous, car l’annulation du sacrifice de l’Aïd ne cesse de tarauder nos esprits ces dernières années ». 
 

Un effectif insuffisant pour répondre à la demande de l’Aïd
Selon nos experts, dont Redouane Choukr-Allah, spécialiste en agriculture durable, cette décision était attendue dès l’année dernière, compte tenu de la régression du cheptel, estimée entre 36% et 38% en un an. Cette baisse s’explique par un déficit pluviométrique de 53% par rapport à la moyenne des trois dernières décennies, selon les données du ministère de l’Agriculture. Pour faire face à cette situation, le gouvernement a accéléré l’importation de 600.000 têtes d’ovins destinés au sacrifice de l’Aïd en 2024, dans l’objectif de répondre à la demande intérieure et de soulager la pression sur le cheptel local. Toutefois, non seulement les prix n’ont pas atteint le niveau espéré, empêchant de nombreuses familles d’accomplir ce rite, mais la tutelle demeure incertaine quant à la capacité de garantir un approvisionnement suffisant pour stabiliser le marché, apprend-on d’une source gouvernementale.

Saluant appel Royal qui intervient au bon moment, Omar Bakou, économiste, a souligné que la célébration de l’Aïd Al-Adha, dans un contexte de pénurie de moutons, pourrait faire pression sur l’effectif du cheptel qui s’élève aujourd’hui à 1,5 million de têtes seulement contre une demande de plus de 6 millions de têtes à l’occasion de l’Aïd. Ceci pourrait également entraîner une flambée des prix de la viande. De plus, l’abattage des femelles reproductrices, bien qu’interdit, aggrave la diminution du cheptel, souligne notre interlocuteur. Cela dit, ajoute l’économiste, l’abstention des Marocains d’accomplir le sacrifice pourrait être à l’origine d’un changement majeur sur le marché, mettant fin aux activités spéculatives de certains acteurs. « Ceux qui ont investi dans l’Aïd pour réaliser des profits au détriment du pouvoir d’achat des ménages devront écouler la viande et les têtes dont ils disposent sur le marché, car la demande pour les moutons destinés au sacrifice ne sera pas identique cette année », insiste-t-il, soulignant que cette mesure exceptionnelle permettra de rétablir des conditions normales sur le marché, avec une offre atomisée, ce qui aura un impact positif sur les prix.

Parallèlement à cela, l’économiste souligne l’importance de mettre en place des mesures d’accompagnement pour les éleveurs ayant préparé leurs cheptels pour l’Aïd, afin de leur permettre de compenser les pertes prévues à la suite d’un éventuel changement dans les habitudes de consommation des Marocains. 

Malgré ces circonstances particulières, le Souverain a pourtant invité le peuple marocain à célébrer l’Aïd Al Adha, « selon ses rituels habituels et significations spirituelles nobles de la prière de l’Aïd dans les msallah et les mosquées, aux dons de l’aumône, aux rencontres avec les siens, ainsi que les différentes oeuvres pies de dévotion en rendant grâce à Dieu pour Son immense générosité et en implorant récompense et rétribution ».

Trois questions à Omar Bakkou : «L’abstention de l’accomplissement du sacrifice contribuera à freiner l’augmentation des prix de la viande rouge»
Quelle est l’importance de cet appel Royal dans la conjoncture actuelle ?

Il s’agit d’une décision pertinente sur le plan économique si l’on prend en compte l’effectif du cheptel très limité et la demande de l’Aïd AlAdha, qui se situe entre 5,5 et 6 millions de têtes d’ovins. L’accomplissement du rite de sacrifice dans ce contexte critique risque de faire pression sur le cheptel disponible et donc entraîner une augmentation des prix sur le marché. Certes, le Maroc a fait recours à l’importation pour assurer l’approvisionnement du marché, mais cette mesure n’a pas donné les fruits escomptés l’année dernière. Aujourd’hui, même si le pays continue à importer, les prix de la viande rouge atteignent un niveau inquiétant en raison d’un problème de régulation amplifiant la spéculation. Cette décision intervient pour couper court à la situation actuelle du marché et freiner la tendance haussière des prix.
 

Quel est l’impact de cette décision sur les ménages ?

Le sacrifice de l’Aïd Al-Adha fait, bien entendu, partie des dépenses saisonnières planifiées dans le budget des ménages. Ces derniers, déjà appauvris par l’augmentation des prix des produits de première nécessité, s’efforcent à accomplir ce rite, rendant le sacrifice une dépense forcée. L’appel de SM le Roi intervient pour soulager les ménages en réduisant leurs dépenses, en particulier ceux à revenu moyen qui sont très attachés à l’accomplissement de ce rite.
 

Qu’en est-il des éleveurs ?

En ce qui concerne les éleveurs, ils bénéficient habituellement d’un prix stable pour leurs produits. Cependant, avec la diminution de la demande en raison des changements dans les habitudes de consommation, ils risquent de voir leurs revenus chuter. En effet, la consommation de viande sera certainement réduite. Cela entraîne une baisse globale de la demande, donc une diminution des recettes pour les éleveurs. Il est essentiel que le ministère de l’Agriculture mette en place des mesures d’accompagnement, notamment en trouvant des mécanismes de compensation pour ces producteurs.
 
Recueillis par M. E.

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