Avec la multiplication des chantiers sur le territoire, le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics) tourne à plein régime. Cependant, cette effervescence a entraîné une pénurie de main-d’œuvre, alimentant une concurrence acharnée pour le recrutement et donc une inflation des salaires. Une situation qui fait exploser les coûts et fragilise l’ensemble de l’écosystème.
Avec l’organisation de la Coupe d’Afrique 2025, puis de la Coupe du Monde 2030, la reconstruction des zones sinistrées d’Al-Haouz, les grands projets hydrauliques et la relance de l’immobilier, les carnets de commandes des entreprises du BTP n’ont jamais été aussi pleins. Cependant, cet essor remarquable a son revers : les compétences nécessaires font cruellement défaut pour relever ces défis.
“C’est devenu notre quotidien. Les ouvriers se font de plus en plus rares, et les concurrents tentent de plus en plus d’embaucher de chez nous, que ce soit les ouvriers ou les cadres”, nous affirme Yasmine, architecte sur chantier dans la ville de Marrakech. Cette flambée des salaires affecte indistinctement tous les corps de métier, toutes spécialités confondues, des exécutants aux encadrants et quel que soit leur niveau d’expérience.
« De 150 dirhams la journée pour un ouvrier maçon il y a deux mois, nous sommes passés à une moyenne de 200 à 220 dirhams, voire plus, aujourd’hui », nous explique notre entrepreneur dans le BTP. Des chiffres confirmés par Yasmine qui, en se référant aux grilles d’une célèbre boîte de recrutement du secteur, évoque une fourchette allant de 180 à 200 dirhams la journée. « C’est plutôt une moyenne de 200 dirhams ces derniers temps », précise-t-elle.
Pour les plus grandes entreprises et sur des chantiers stratégiques (3 équipes se relayant pour un travail 24h/24), cette rémunération peut même atteindre 300 dirhams la journée, selon nos informations, avec en prime des avantages en nature tels que la restauration ou le logement. « Cette situation fait exploser nos coûts, érode nos maigres marges et menace sérieusement l’équilibre financier de nos entreprises », alerte Mohamed Gueri, président du bureau régional de Rabat-Salé-Kénitra de la Fédération nationale du Bâtiment et des travaux publics (FNBTP).
De plus, pour combler les emplois vacants, le niveau d’expérience et de compétences requis tend à être revu à la baisse, ce qui perturbe le marché et crée des manques à certains niveaux, notamment parmi les ouvriers les moins qualifiés ou les débutants. “Celui qui était aide-maçon il y a quelques semaines à peine se présente aujourd’hui comme maçon, celui qui était maçon est désormais considéré comme chef de chantier, et ce dernier est promu chef de projet, et ainsi de suite”, détaille Mohamed Gueri.
Pour pallier ce manque criant de main-d’œuvre, certains entrepreneurs recourent au travail de migrants subsahariens, dans l’écrasante majorité des cas non déclarés, en raison de la complexité et de la lenteur des démarches de régularisation des travailleurs étrangers au Maroc. “Le travail au noir remplit les angles morts des marchés, mais cela dépend des maîtres d’ouvrages”, affirme Yasmine.
“Le recours temporaire à une main-d’œuvre étrangère pourrait être une solution. Cependant, cette option ne devrait être envisagée qu’en complément d’une politique volontariste visant à former et qualifier les travailleurs marocains”, propose Mohammed Mahboub, Président de la FNBTP. En clair, et dans l’urgence, on pourrait assouplir les règles pour employer quelques étrangers dans les chantiers, le temps de mettre en place une solution définitive et sur le long-terme à cette problématique.
Cependant, notre entrepreneur ne croit pas tellement à cette solution parce que, selon lui, “cette main-d’œuvre étrangère présente sur le territoire marocain reste peu qualifiée et ne peut répondre qu’à quelques tâches limitées, sans améliorer en profondeur la situation”. Pour assurer un flux continu de main-d’œuvre bien formée et dotée des compétences requises pour intervenir sur des chantiers de plus en plus complexes, la formation demeure la meilleure solution.
C’est dans ce sens que Sa Majesté le Roi a lancé les Cités des Métiers et des Compétences, qui devraient à terme équiper chacune des 12 régions du Royaume, et qui offrent aux jeunes des formations poussées dans les métiers du BTP. Cependant, “la formation initiale seule ne suffira pas à combler le déficit en compétences. Il est essentiel de renforcer la formation continue, aujourd’hui encore insuffisante”, insiste Mohammed Mahboub.
“Parallèlement, il est crucial de travailler sur l’attractivité du secteur auprès des jeunes et des professionnels en reconversion. Le BTP offre aujourd’hui de nouveaux horizons, portés par la transition vers des pratiques durables et innovantes tels que le BIM (Building information modeling), la digitalisation et la construction écoresponsable”, conclut-il.
Quels sont les métiers les plus touchés par la pénurie de main-d’œuvre ?
Pensez-vous qu’il serait nécessaire de recourir à une main-d’œuvre étrangère, au moins temporairement, pour pallier ce problème ?
Soufiane CHAHID
Par segment, les livraisons destinées à la distribution se sont élevées à 1,37 Mt, suivies de celles adressées au BPE (béton prêt à l’emploi) avec 601.590 tonnes, au PREFA (béton préfabriqué) avec 264.425 tonnes, au bâtiment (76.160 tonnes), aux infrastructures (162.735 tonnes) et aux mortiers (9.722 tonnes), précise le ministère dans sa note mensuelle sur l’évolution des livraisons de ciment.
Ces statistiques proviennent des données internes des membres de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), à savoir Asment Temara, Ciments de l’Atlas, Ciments du Maroc, Lafarge Holcim Maroc et Novacim (membre depuis janvier 2024), indique la même source.
Un autre exemple significatif de cette dynamique est l’Institut de Formation aux Métiers du BTP (IFMBTP) de Fès, inauguré en 2023. Créé en partenariat avec la Fédération Nationale du BTP (FNBTP) et le ministère de l’Équipement et de l’Eau, cet institut a mobilisé un investissement de 119,7 millions de dirhams, dont 74,7 millions issus du Fonds «Charaka», dans le cadre du programme de coopération «Compact II» entre le Maroc et les États-Unis.
Doté d’une capacité d’accueil de 600 étudiants par an, il propose 10 filières couvrant trois niveaux de formation (qualification, technicien et technicien spécialisé), dans des spécialités telles que le génie civil, la topographie, la gestion de laboratoire, le métrage, la menuiserie (bois, aluminium, inox) et l’électricité.
En parallèle, le ministère de l’Équipement et de l’Eau encadre quatre Instituts de Formation des Techniciens Spécialisés des Travaux Publics (ISTP) implantés à Oujda, Marrakech, Fès et Agadir. Ces établissements, qui délivrent des formations de deux ans en génie civil et en gestion logistique et transport, forment des techniciens spécialisés pour répondre aux exigences du marché. Un nouvel institut est en cours de création à Laâyoune afin de renforcer l’offre de formation dans les régions du Sud.