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Eurodéputés refoulés à Laâyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortée [INTÉGRAL]

Alors que le Maroc est plus proche que jamais de clore le conflit du Sahara, l’extrême gauche européenne instrumentalise le Parlement de Strasbourg pour régler des comptes avec le Royaume. Décryptage.

“Tout ce qui est excessif est insignifiant”, un vieux dicton attribué à Talleyrand et si cher au ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. Ce dernier n’aurait pas pu trouver une meilleure citation pour décrire la visite provocatrice d’un quarteron d’eurodéputés, tous issus des partis d’extrême gauche, à Laâyoune. Il s’agit de l’Espagnole Isabel Serra, élue de Podemos, du Finlandais Jussi Saramo (Alliance de gauche) et de la Portugaise Catarina Martins. Dans une démarche singulière, ils ont décidé de se rendre à Laâyoune pour participer à un rassemblement organisé par des séparatistes, sous prétexte de vérifier l’application de l’arrêt de la Cour de  Justice de l’Union Européenne, annulant les accords d’agriculture et de pêche. Un argument aussi prétentieux qu’outrancier, comme s’ils étaient la police du droit européen avec une compétence universelle.
 
Alors qu’ils étaient empêchés de descendre de l’avion, ils ont eu beau filmer la scène et contacter leurs ambassades à Rabat, leur entrée sur le sol marocain était injustifiable faute d’autorisation. Ils ont été immédiatement arrêtés avant de rebrousser chemin vers Las Palmas aux Iles Canaries. Sans mandat parlementaire ni autorisation préalable accordée par les autorités marocaines compétentes, un tel déplacement avait d’autres objectifs. Cette provocation intervient quelques jours après la mascarade d’une poignée d’écologistes conduits par Greta Thunberg à Tindouf où ils ont exprimé leur soutien au Polisario.
 
Interrogé à ce sujet à l’issue de son entretien avec son homologue capverdien, le Chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a réagi avec ironie. “C’est un non-événement”, a-t-il martelé, rappelant que le Maroc exerce pleinement sa souveraineté sur son Sahara comme sur le reste de son territoire. « Ceux qui respectent les procédures en vigueur d’entrée sur le territoire marocain sont les bienvenus, tandis que ceux qui enfreignent nos règles tombent sous le coup de la loi », a poursuivi le ministre, qui a qualifié cette tentative d’agitation sans aucun impact.  Une sorte de coup d’épée dans l’eau qui n’a pas eu finalement l’effet escompté.
 
Une provocation assumée !
 
Ce déplacement n’avait d’autre but que la provocation et le coup d’éclat médiatique pour souiller l’image du Maroc, rappelle Mohammed Badine El Yattioui, Professeur d’Etudes Stratégiques au Collège de Défense (NDC) des Emirats Arabes Unis à Abou Dhabi, ajoutant que les trois eurodéputés se sont prévalus de leur immunité parlementaire pour imposer le fait accompli alors qu’ils ne sont pas mandatés par le Parlement européen.  Selon notre interlocuteur, ces derniers savaient très bien qu’ils allaient être empêchés d’entrer illégalement dans le territoire d’un pays souverain, mais ils cherchaient à tout prix un prétexte pour provoquer une crise entre le Maroc et l’Union Européenne.
 
Impliquer l’UE à tout prix
 
En témoigne la réaction des trois députés qui ont aussitôt tenté d’impliquer toutes les institutions de l’UE. Ils ont adressé une lettre au président du Conseil européen, Antonio Costa, et à celle du Parlement européen, Roberta Metsola, pour demander une réunion urgente afin de mettre la lumière sur ce qui s’est passé à Laâyoune. Pour sa part, Podemos, le parti d’Isabel Serra, foncièrement hostile au Maroc, a appelé l’UE à réagir. Son parti, en déclin aujourd’hui, a appelé également le gouvernement de Pedro Sanchez à revenir sur son soutien au Maroc dans la question du Sahara, ce qui montre que le but recherché initialement est de relancer le débat sur le soutien croissant dont jouit le Royaume en Europe, dont 17 pays soutiennent officiellement le plan d’autonomie. « Cela les irrite manifestement », pense M. El Yattioui, soulignant que le Parlement européen reste l’un des rares leviers de l’extrême gauche pour agir indépendamment des positions de leurs pays. “Heureusement, l’hémicycle européen n’a qu’un poids marginal dans la politique étrangère”, insiste-t-il.
 
Les vieux réflexes communistes !
 
Les trois députés siègent tous au groupe The Left au Parlement de Strasbourg, qui regroupe tous les mouvements d’extrême gauche en Europe, y compris les Insoumis en France. En perte de vitesse, ces partis ont subi des revers lors des élections européennes face à la montée implacable des nationalistes. Leur influence à l’hémicycle européen est minime pour peu qu’ils ne soient que 46 élus. Ils font souvent des alliances de circonstance avec les Verts et les Socialistes. Ils se font le porte-voix du Polisario au sein du PE, mais leur capacité de nuisance s’est manifestement amenuisée après la disparition de l’intergroupe dédié au Sahara qui avait servi de tribune ouverte à la thèse séparatiste pendant des années.
 
A l’exception des socialistes, qui sont plus réalistes vu l’expérience du pouvoir, l’extrême gauche, à savoir les écologistes et les partis radicaux comme Podemos en Espagne ou LFI en France, ont une lecture purement idéologique et surannée des relations internationales. D’où leur hostilité viscérale vis-à-vis du Maroc qui ne date pas d’aujourd’hui et remonte à l’Histoire et notamment à l’époque de gloire du communisme. “Les politiques d’extrême gauche, y compris les nouvelles générations, ont encore une grille de lecture de la guerre froide, d’où leur bienveillance aux régimes socialistes”, décortique Mohammed Badine El Yattioui.
 
“Le Maroc ne trouve pas grâce à leurs yeux pour peu qu’il soit une Monarchie et un allié de l’Occident capitaliste pendant la guerre froide”, poursuit l’expert, faisant remarquer que les vestiges du communisme restent encore vivaces chez l’extrême gauche européenne. Ce qui explique, selon lui, sa bienveillance étonnante envers les dictatures socialistes comme l’Algérie, le Venezuela et Cuba au nom d’une bien-pensance dévoyée. Rappelons-nous que la dénommée Isabel Serra, celle qui a été refoulée de Laâyoune, est allée jusqu’à demander la levée des sanctions contre le régime castriste à Cuba. Les exemples de ce genre sont nombreux. Dernier en date, le refus des eurodéputés de LFI, dont Rima Hassan, de voter la Résolution du PE condamnant l’arrestation arbitraire de Boualem Sansal en Algérie au mépris des droits de l’Homme que l’extrême gauche prétend défendre. Cela en dit long sur une mouvance qui s’est autoproclamée gardienne de la vertu.
 
 
 

Trois questions à Mohammed Badine El Yattioui : “Le Parlement européen reste le levier le plus sûr pour l’extrême gauche pour s’en prendre au Maroc”
A votre avis, peut-on qualifier le déplacement forcé des eurodéputés comme ingérence ?
 
Il est clair qu’il s’agit d’une ingérence assumée qui renvoie à l’obsession du Maroc chez l’extrême gauche européenne. L’objectif d’une telle visite était purement médiatique. Les eurodéputés ont créé un scandale et un buzz médiatique pour mettre à mal la réputation du Maroc. Ils savaient dès le départ qu’ils allaient être interdits d’entrée dans le territoire d’un Etat souverain, mais ils étaient en quête d’un coup d’éclat médiatique qu’ils n’ont finalement pas obtenu.
 

Comment expliquer le fait que l’extrême gauche défende avec autant d’ardeur le Polisario au Parlement européen ?

 
L’extrême gauche se sert du droit international dont elle fait une lecture opportuniste pour s’attaquer au Maroc sur l’affaire du Sahara. Si l’extrême gauche européenne intensifie les provocations, c’est parce que le Maroc est largement soutenu en Europe, dont la majeure partie des Etats soutiennent le plan d’autonomie pour le Sahara. Le Parlement européen reste le levier le plus sûr de l’extrême gauche pour agir indépendamment des positions de leurs pays qui soutiennent majoritairement le Maroc. Heureusement, l’hémicycle européen n’a qu’un poids marginal dans la politique étrangère.
 

Un eurodéputé peut-il se rendre dans un autre pays sans mandat parlementaire ?

 
Un élu, qu’il soit eurodéputé ou député national, ne peut se rendre dans un pays étranger en tant que tel que sur la base d’une invitation formelle par le Parlement. Cela se coordonne également à travers les canaux diplomatiques. En l’occurrence, les eurodéputés en question se sont sciemment livrés à une démarche solitaire en s’affranchissant des procédures en vigueur. Ils se sont cachés derrière leur immunité parlementaire qui ne s’applique pas dans ce genre de situations, d’autant plus qu’il s’agit d’un territoire au-delà de la juridiction de l’Union Européenne. La quête du buzz est l’unique explication à cette initiative provocatrice qui, à mon avis, était destinée également à provoquer une crise entre le Maroc et l’UE.
 

Podemos : L’incarnation des contradictions

C’est un secret de polichinelle que de dire que Podemos est l’un des partis les plus acharnés contre le Maroc dans la classe politique espagnole. Après des débuts prometteurs, ce parti, fondé par Pablo Iglesias, a fait du Maroc et du soutien au Polisario une de ses raisons d’être. Sa participation au premier gouvernement socialiste n’a pas empêché Pedro Sanchez de faire son fameux revirement diplomatique en faveur du Maroc dans l’affaire du Sahara. Ce que ses alliés d’extrême n’ont jamais pu avaler tout, restant pourtant alliés aux socialistes au gouvernement. Même le parti SUMAR, de Yolanda Diaz, qui s’est construit sur les ruines de Podemos, ne s’est pas gêné de s’allier à Pedro Sanchez après les élections législatives de 2023, en dépit du  soutien des socialistes au plan d’autonomie. “Pedro Sanchez a contraint ses alliés au gouvernement, notamment ceux d’extrême gauche, à accepter son soutien Maroc et, pourtant, ils n’ont pas quitté sa coalition, ce qui montre l’étendue de leur contradiction et leur sournoiserie car ils sont prêts à abandonner leurs convictions pour des portefeuilles ministériels”, fait remarquer Mohammed Badine El Yattioui.

Parlement européen : Prémices d’une réconciliation prudente

Entre le Maroc et le Parlement européen, la prudence et la méfiance règnent toujours. La résolution condamnant la liberté de la presse au Maroc a laissé un arrière-goût amer au Royaume où les observateurs avaient qualifié cette démarche d’ingérence.

 

Depuis lors, le Parlement marocain a suspendu tout contact avec l’Institution de Strasbourg. L’interdiction des parlementaires marocains d’accès à l’hémicycle européen dans la foulée de l’affaire du Qatargate a exacerbé la méfiance et paralysé la coopération parlementaire. Maintenant, c’est le vide. Mais les prémices d’une réconciliation surgissent de temps à autre. La rencontre du président de la Chambre des Représentants, Rachid Talbi Alami, avec son homologue européenne, Roberta Metsola, le 3 décembre 2024, a ouvert la voie à une probable reprise du dialogue.

 

Ces derniers s’étaient mis d’accord sur une feuille de route. “Nous avons examiné plusieurs sujets et convenu d’une feuille de route et d’une méthode de travail pour relancer la coopération entre les Parlements marocain et européen et surmonter tous les dysfonctionnements qui ont entaché ces relations’’, a-t-il déclaré à la MAP à l’époque. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit du Maroc qui veut aller progressivement en mettant ses conditions avant d’ouvrir un nouveau chapitre. D’autant plus que les vieilles pratiques, les tentatives d’ingérence et les discours moralisateurs dont le PE était coutumier ne sont plus acceptables.

 

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