En plein rapprochement avec le Maroc, la République de Corée du Sud s’est résolue à sortir de sa position traditionnelle sur le Sahara avec un geste symbolique en attendant de franchir le rubicon. Décryptage.
Selon nos informations, Séoul veut passer à la vitesse supérieure. Les Coréens cherchent inlassablement à conclure un accord de partenariat économique. Un traité de coopération global qui comprendrait également une clause de libre échange. Pour l’instant, alors que les autorités de Séoul s’impatientent, les Marocains veulent aller document en prenant le temps nécessaire avant de se décider, apprend-on d’une source marocaine proche du dossier qui confirme qu’il y a eu des discussions sur cet accord tant convoité. En réalité, l’intérêt est partagé, mais le Maroc, qui a d’ores et déjà un série d’accords de libre-échange, veut tempérer. Toutefois, un accord demeure possible même sans libre-échange puisqu’il s’agit d’une initiative globale qui comprend les investissements et le commerce. Reste maintenant à en déterminer la forme.
Le ministère des Affaires étrangères se félicite désormais des efforts sérieux et crédibles consentis par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement du conflit, «tel qu’exprimé dans les Résolutions du Conseil de Sécurité, y compris la Résolution 1754 adoptée en 2007». Selon nos informations, cette décision a été communiquée aux autorités diplomatiques marocaines, notamment à l’ambassade du Royaume à Séoul.
En parallèle, la Corée continue de soutenir les efforts des Nations Unies pour parvenir à une solution pacifique, négociée et acceptable. Ainsi, Séoul donne un nouveau gage de sa volonté de raffermir son partenariat prometteur avec le Royaume. Le gouvernement coréen mesure à quel point la question du Sahara est existentielle pour les Marocains. Le gouvernement coréen a fait un tel geste dans un contexte propice. Le Maroc est plus proche que jamais de clore ce conflit au Nations Unies après avoir obtenu le soutien de la majeure partie de la communauté internationale. Le soutien sans équivoque des Etats Unis et de la France à la marocanité du Sahara au Conseil de Sécurité a poussé l’émissaire onusien Staffan de Mistura à inscrire le plan d’autonomie à l’ordre du jour comme base de négociation d’une solution future. Désormais, l’initiative marocaine fait l’objet d’un consensus international. La prochaine Résolution du Conseil de Sécurité s’annonce décisive puisqu’on s’attend à ce qu’elle sonne le glas de la thèse séparatiste. L’ambassadeur du Royaume à l’ONU, Omar Hilale, s’est montré tellement confiant qu’il a souhaité que le prochain anniversaire de la Marche Verte soit l’occasion de célébrer la fin du conflit.
La diplomatie coréenne comprend bien que la partie est terminée. Pourquoi maintenant ? “Il ne faut pas oublier que les Coréens raisonnent différemment. Pour eux, la politique vient après l’économie tandis que nous préférons parler politique avant l’économie, ce qui n’est normal puisqu’il s’agit de notre intégrité territoriale”, lâche un expert marocain spécialiste de l’Asie.
Cette prise de conscience coréenne est également le fruit d’un travail de terrain. Le Maroc a déployé efficacement sa diplomatie parallèle en multipliant les conférences et les journées d’études pour expliquer sa cause nationale comme ce fut le cas lors d’un symposium international organisé en 2023 à Séoul, où le plan d’autonomie a été expliqué de façon circonstanciée par de hauts responsables et des chercheurs coréens.
Pour l’instant, le fait que la Corée prenne acte du plan d’autonomie demeure symbolique. La Corée ouvre ainsi la porte à une éventuelle évolution de sa position. Même avant, lorsqu’il fut neutre, Séoul ne s’empêchait pas de saluer les efforts du Royaume pour résoudre le conflit comme acté dans la déclaration publiée à l’issue de la visite de l’ancien Chef de gouvernement Saâd Dine El Otmani en Corée en 2018.
En outre, Séoul a toujours conservé une neutralité bienveillante en veillant à exclure le Polisario des Sommets organisés avec l’Union Africaine.
Maintenant, tel que réitéré dans la déclaration consultée par “L’Opinion”, la Corée réitère son engagement à renforcer ses relations avec le Maroc qu’elle considère désormais comme un pays leader en Afrique.
Jusqu’à présent, Rabat et Séoul multiplient les gestes de bonne volonté, l’un envers l’autre. Les visites de haut niveau se font de plus en plus nombreuses. Du côté coréen, le Président de l’Assemblée nationale, Kim Jin-pyo, le ministre de l’aménagement du territoire, des infrastructures et des transports Park Sang-woo, et le PDG de la Banque d’importexport de Corée, Yoon Hee-sung, ont tous visité le Maroc depuis janvier 2024. Pour leur part, les responsables marocains se rendent de plus en plus souvent en Corée. En témoigne la dernière visite du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, en avril 2025.
Cette visite est censée être le prélude d’un nouveau partenariat plus audacieux au moment où il y a un intérêt commun pour renforcer les investissements coréens au Maroc, notamment dans l’industrie. C’est la vocation du fameux accord de partenariat économique. Cet accord est perçu du côté coréen comme un moyen indispensable à promouvoir les investissements et, surtout, le commerce bilatéral qui demeure dérisoire. Le volume total des échanges commerciaux est estimé à 550 millions de dollars. Cependant, le Maroc demeure un partenaire de taille en Afrique. Il s’agit du huitième plus grand partenaire commercial, comme l’a rappelé le ministre coréen du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie, Ahn Duk-geun, dans une récente interview accordée à “L’Opinion”.