Bien que le ministère de la Justice ait entrepris ces dernières années une vaste transition numérique du système judiciaire, des lacunes persistent, notamment en ce qui concerne la digitalisation de l’accès aux conseils et consultations juridiques fournies par différents auxiliaires de justice (avocats, notaires, huissiers de justice, etc.). Younes Eddaoudi, CEO de Quanoni, une LegalTech marocaine spécialisée dans le conseil juridique sur mesure, nous éclaire sur les défis du secteur et les efforts encore nécessaires.
L’idée de Quanoni est née d’une expérience personnelle. Durant mes études en droit, mes proches me sollicitaient fréquemment pour des conseils juridiques. J’ai alors réalisé que ce problème dépassait mon entourage et reflétait une réalité plus large. Tandis que des secteurs comme la finance, la santé ou le transport ont largement bénéficié de la digitalisation, le domaine juridique reste en grande partie à la traîne dans cette transition.
Ainsi, pour combler cette lacune, Quanoni a été conçu comme une plateforme permettant d’accéder instantanément à des conseils juridiques délivrés par des avocats expérimentés et spécialisés, sans nécessité de rendez-vous ni de déplacement. L’objectif est de rendre l’information juridique, souvent complexe à interpréter, plus accessible, claire et flexible, tout en exploitant la technologie pour moderniser et accélérer la digitalisation du secteur.
Comment interpréter vous le marché marocain en termes de création de startups-solution innovatrices ?
Ainsi, nous sommes convaincus que le succès d’une startup LegalTech ne repose pas uniquement sur l’innovation technologique, mais aussi sur l’engagement d’un écosystème dynamique. C’est pourquoi, dans la stratégie de Quanoni, nous investissons activement dans l’éducation du marché à travers des actions de sensibilisation et des stratégies marketing adaptées.
Comment les avocats ont-ils réagi à votre initiative ? Ont-ils immédiatement adhéré au concept, ou avez-vous rencontré des résistances ?
En amont, nous avons mené un travail approfondi pour mieux appréhender les besoins du marché, en organisant des sessions de tests et de co-création avec des avocats afin de comprendre leurs attentes et d’établir les bases de notre collaboration. À ce jour, notre réseau regroupe une vingtaine d’avocats ayant accompagné 138 utilisateurs depuis notre lancement il y a 1 an.
Selon vous, quels sont les principaux obstacles à la digitalisation des services juridiques au Maroc, et quelles solutions pourraient être envisagées pour y remédier ?
Un autre défi de taille réside dans la rigidité du cadre réglementaire, qui constitue un frein à l’innovation. Les législations actuelles, bien qu’essentielles pour garantir la sécurité et la conformité des pratiques juridiques, ne sont pas toujours adaptées à l’ère numérique.
De plus, la réticence au changement et la méconnaissance des outils numériques, poussent de nombreux professionnels du droit à hésiter face à l’adoption de solutions digitales, par crainte ou par manque de formation adéquate.
Enfin, le manque de recherche et d’innovation prive le secteur des avancées nécessaires pour répondre aux défis du numérique. Pour accélérer cette transformation, il est essentiel de définir une feuille de route dédiée, d’adapter la réglementation, de sensibiliser les professionnels, et d’encourager l’investissement dans la LegalTech et la recherche.
En tant que jeune diplômé d’une université marocaine ayant choisi l’entrepreneuriat, quel conseil donneriez-vous aux jeunes diplômés souhaitant élargir leurs horizons professionnels ?
Je conseille aux jeunes diplômés de ne pas se limiter à leur formation académique. Si l’université apporte des bases théoriques, c’est avant tout par l’expérience sur le terrain qu’ils développeront des compétences transversales, testeront leurs idées et saisiront les réalités du marché.
Il est surtout essentiel de garder les pieds sur terre. Beaucoup de jeunes, influencés par des success stories médiatisées, rêvent de devenir le « Zuckerberg ou Elon Musk marocain » et d’édifier un géant mondial dès leur première startup. Si l’ambition est importante, c’est la lucidité et le pragmatisme qui permettent de progresser. Plutôt que de viser immédiatement une « licorne », concentrez-vous sur la résolution d’un problème concret, développez une solution viable et adaptez-vous aux réalités du marché. Lancer une startup, c’est naviguer dans l’incertitude, apprendre en avançant et ajuster sa trajectoire au fil des défis rencontrés. Si vous avez une idée, mettez-la en œuvre avec les moyens disponibles et améliorez-la progressivement.