Le mouton noir ne crie pas plus fort que les autres. Il ne promet pas des lendemains qui chantent ni des transformations magiques. Il observe. Il analyse. Il pose des questions que d’autres évitent. Il dérange — non par provocation, mais par lucidité.
Ce mouton noir-là, c’est parfois quelqu’un qui possède une formation académique solide et significative, complétée par une expérience professionnelle de longue durée dans les domaines du numérique, de l’informatique et de l’intelligence artificielle. Il a traversé plusieurs générations technologiques, accompagné des professionnels et des étudiants, observé l’évolution des concepts bien avant leur vulgarisation médiatique. Il a vu l’IA émerger comme discipline scientifique, bien avant qu’elle ne devienne un objet de fascination commerciale. Mais aujourd’hui, dans un paysage saturé de slogans et d’amateurisme, sa voix dérange par son exigence et sa profondeur.
Pourquoi ? Parce qu’il rappelle que l’intelligence artificielle est une discipline rigoureuse, fondée sur des mathématiques, des statistiques, des logiques informatiques et des décennies de recherche. Parce qu’il ne confond pas marketing et ingénierie.
Et si l’on prenait enfin le temps de comprendre ce que l’IA est vraiment, avant de prétendre la déployer partout ?
Le mouton noir connaît aussi les angles morts de l’innovation technologique. Il sait que des milliers de Marocaines et Marocains — artisans, commerçants, travailleurs manuels, femmes rurales — ne sont pas touchés par les promesses de l’IA, non pas parce qu’ils sont en retard, mais parce qu’ils sont oubliés. Il ne rêve pas d’un pays truffé d’algorithmes, mais d’un territoire où le numérique serait un levier d’émancipation, de transmission, de justice sociale.
Il ne court pas après les trophées, les financements ni les applaudissements. Il cherche le sens, la rigueur, la pédagogie. Il prend le temps d’expliquer sans dominer, de corriger sans humilier, de transmettre sans se montrer. Il travaille à l’ombre, pendant que d’autres récoltent la lumière.
Oui, il existe des moutons noirs dans le champ de l’IA au Maroc. Et s’ils sont peu visibles, c’est peut-être parce qu’ils ne parlent pas assez fort. Mais à long terme, ce sont souvent les seules voix qui restent. Car dans le vacarme du moment, ils portent la mémoire, l’éthique et la structure. Et peut-être aussi, l’avenir.
Dans ce contexte, il serait sans doute judicieux, pour les responsables en charge du numérique et de l’intelligence artificielle au Maroc, de prêter attention à ces profils atypiques — souvent discrets, parfois marginalisés, mais porteurs de savoirs solides et d’un véritable sens du bien commun.
Les reconnaître, les écouter, les faire dialoguer pourrait ouvrir la voie à une dynamique nouvelle, où l’intelligence collective s’appuierait sur l’expérience autant que sur l’innovation, sur la mémoire autant que sur la technologie.
Et si le futur numérique du Maroc se construisait aussi avec ceux que l’on n’a pas encore entendus ?