MAGAZINE : Ali Hassan, un singulier plurie

L’homme des médias plie bagages le 25 août tôt le matin. Radio, télévision, cinéma, trois supports et trois vies parallèles jalonnent un riche parcours. L’enfant de Midelt avait 80 ans, dont plus de deux tiers dédiés à l’information et à la culture.

Cette fois-ci, ce n’est malheureusement pas un cancan. Ali Hassan est bel et bien passé à trépas laissant des souvenirs telles des « perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas ». Journaliste ne faisant que rarement de cette profession son fer de lance, il est présentateur, animateur radio et télé, scénariste, critique de cinéma, homme des médias, vedette malgré lui et d’une peu fréquente discrétion. Là où il passe, des murs s’offrent à lui. Il les rase avec délicatesse. Ali Hassan est ce têtu dont le piétinement des lieux communs est l’un de ses domaines de compétence. La bêtise l’indispose. Il enrage au contact de la platitude, se désole lorsqu’elle s’érige comme mode de fonctionnement. Pour lui, l’insulte à l’intelligence est peutêtre « l’heure où l’on regrette d’avoir manqué l’école ». Ali Hassan prend la vie par là où elle ne s’offre pas. Sa philosophie est le pragmatisme, jusqu’au dernier souffle, jusqu’à l’essoufflement de l’âme qu’il finit par rendre. Le grand jeune public fait sa connaissance à travers les émissions de télévision « Ciné-Jeudi » et « Ciné-Club ». Son ami et journaliste Abdelghani Dades s’entiche de bonheur à en parler : « Si dans ses émissions cinématographiques il avait tâche facile à titiller nos méninges par ses choix de longs métrages programmés et ses commentaires, à nous sortir de nos zones de confort et à nous ouvrir des horizons de libertés qui nous semblaient hors de portée, c’est bien plus comme présentateur d’informations qu’il frayait avec le génie. Ainsi, au détour d’une phrase dictée par l’agence officielle d’information lue au téléjournal, il avait un incroyable talent pour glisser des messages à demi-mot, des références littéraires ou cinématographiques qui confirmaient ou infirmaient les mots (trop ?) solennellement proclamés, quand ils ne les tournaient pas en franche dérision. » Le cinéma, Ali Hassan y touche intimement en jouant à l’acteur : « Ibn Assabil » de Mohamed Abderrahmane Tazi, « Afghanistan Pourquoi ? » d’Abdallah El Mesbahi, « El Hadj El Mokhtar Soldi » de Mostafa Derkaoui et « El Ahrar » d’Ismaïl Ferroukhi. Avec le réalisateur d’origine algérienne Mahmoud Zemmouri, il met la patte à des courts métrages. 

Sur la trajectoire, Jacques Brel

Ali Hassan raconte, il y a deux ans, pour le compte d’un hebdomadaire casablancais : « La première émission de cinéma à la RTM (Radiodiffusion Télévision Marocaine) remonte à 1964. Elle s’appelait traveling, présentée par André Goldenberg. Dans les années 1970, il y en avait une autre présentée par deux collaborateurs extérieurs de la radio qui signaient, en référence aux deux grands réalisateurs Alexandre Korda et King Vidor, par les pseudonymes Robert Korda et Ignacio Vidor. Ce dernier et c’est un scoop que je vous donne, n’est autre qu’Ignacio Ramonet qui a dirigé pendant de nombreuses années votre confrère Le Monde Diplomatique. » 1964, c’est également le début du long voyage du jeune Mohamed El Ouali (son nom de naissance) au sein de la RTM. L’apprenti est propulsé en 1969 devant la caméra et derrière le micro des journaux visuels et audio de la station, avec, plus tard, l’émission culte « Entracte ». Cela dure jusqu’en 1987, opération « Ca bouge à la télé » incluse et pendant laquelle il présente le journal « Info Midi » en duo avec Souad Anachad, un brin sa Tête de Turc. Vient ensuite le séjour de 14 mois à Paris. Une centaine de personnes prennent part à un stage approfondi en vue de la création en mars 1989 de la deuxième chaîne de télévision 2M International. Ali Hassan y est le doyen, rasant avec gourmandise les murs. Et puis, il ne se lasse pas d’« écouter son cœur qui danse ». Il claque rapidement la porte de la nouvelle chaîne pour incompatibilité d’humeur avec le directeur général Mohamed El Baz. Pour se libérer de cette aventure malvenue, il sort un journal éphémère à la fréquence aléatoire. Il y règle ses comptes avec la direction de 2M, usant d’un humour assassin. Cette parenthèse fermée, Ali Hassan retourne à la boîte qui la vu grandir, s’affirmer et devenir un exemple pour beaucoup de jeunes. Il y refait radio et télévision jusqu’en 2015 où d’apprentis sorciers le remercient. Ces dernières années, une pluie d’hommages s’abat sur le crâne d’un homme pluriel : « Les Actualités » diffusées sur les écrans des salles de cinéma, conseil auprès du ministre de la Communication, présidence du jury de la presse au festival du cinéma francophone de Safi, participation à la Commission du fonds d’aide à la production cinématographique, partie du jury Longs métrages du festival du cinéma maghrébin d’Alger… Le journaliste barbotte allégrement dans la culture avec, notamment, sa participation en 1982 auprès de Nour-Eddine Saïl à l’élaboration de l’émission radiophonique « Ecran Noir ». C’est cela Ali Hassan, autrement amoureux de musique qu’il idolâtre sa vie durant, appréciant ardemment un Jacques Brel que l’homme des médias rencontre et accompagne sur les routes sinueuses du Maroc des années 1960-1970. Et qui finit par nous quitter. 

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